L’or est-il un bon placement ?

L’or revient régulièrement dans les discussions sur la protection du patrimoine, souvent présenté comme une valeur refuge incontournable. Mais cette réputation résiste-t-elle vraiment à l’examen de son historique de performance et de son comportement en période de crise ? Faut-il y voir un moteur de rendement ou plutôt un outil de diversification ? Et à partir de quel horizon son intérêt devient-il réellement pertinent ? On vous aide à y voir plus clair.

L’or a-t-il toujours bien performé ?

Sur le très long terme, l’or a globalement préservé, voire accru, sa valeur en termes réels, mais son parcours n’est pas linéaire. Certaines décennies, comme les années 1980 et 1990, ont vu le métal jaune traverser de longues phases de stagnation, voire de baisse, pendant que les marchés actions progressaient fortement sur la même période. Comparer la performance de l’or à celle d’autres classes d’actifs peut ainsi conduire à des conclusions très différentes selon la fenêtre temporelle retenue.
Une comparaison démarrant après un creux de marché favorisera mécaniquement l’or, tandis qu’une comparaison démarrant après un sommet produira l’effet inverse, ce qui invite à la prudence face aux comparaisons trop simplifiées. Consulter l’historique des cours sur des plateformes spécialisées comme par exemple AuCOFFRE.com, permet de mieux visualiser ces variations sur plusieurs décennies avant de tirer des conclusions hâtives. Cette performance de long terme reste par ailleurs difficile à isoler d’un contexte monétaire particulier,
notamment les périodes de création monétaire importante ou de taux d’intérêt réels négatifs, qui ont historiquement favorisé le métal précieux.
C’est pourquoi la question de savoir si l’or est un bon placement ne peut recevoir de réponse tranchée sans préciser au préalable l’horizon considéré, quelques années, une décennie ou plusieurs générations, tant les enseignements tirés de l’historique des cours diffèrent selon l’échelle de temps retenue.

L’or protège-t-il vraiment en période de crise ?

L’un des principaux atouts avancés en faveur de l’or réside dans son comportement lors des crises économiques ou géopolitiques. Sa valeur ne dépend d’aucun émetteur ni d’aucune solvabilité d’État, ce qui explique pourquoi les capitaux s’y réfugient souvent lorsque la confiance envers les marchés financiers ou les monnaies s’effrite. Cette qualité de valeur refuge n’est cependant pas absolue. L’or peut aussi reculer dans certains contextes, notamment lorsque les taux d’intérêt réels augmentent fortement, rendant les placements sans risque plus attractifs par comparaison. Son comportement en période de tension est donc moins mécanique qu’on ne le pense parfois. Les achats massifs des banques centrales depuis 2022, dans une logique de diversification de leurs réserves de change, constituent néanmoins un facteur de soutien structurel supplémentaire, qui distingue le contexte actuel de certaines périodes passées.

L’or rapporte-t-il un revenu ?

Contrairement à une action ou une obligation, l’or ne verse ni dividende ni intérêt. Sa performance repose donc exclusivement sur l’évolution de son cours, ce qui constitue un coût d’opportunité réel par rapport à des actifs générant des revenus réguliers réinvestis au fil du temps. Cette absence de rendement courant explique pourquoi l’or est rarement considéré comme un moteur de performance à lui seul, mais plutôt comme un élément de stabilisation au sein d’un patrimoine plus large, aux côtés d’actifs producteurs de revenus comme les actions ou l’immobilier locatif. Cette caractéristique distingue nettement l’or des actifs producteurs de revenus, pour lesquels le réinvestissement des dividendes ou des loyers perçus contribue significativement à la performance totale sur longue période, via l’effet des intérêts composés. L’absence de ce mécanisme pour l’or explique en partie pourquoi sa performance brute doit être comparée avec prudence à celle d’actifs générant un revenu courant.

L’or aide-t-il à diversifier son patrimoine ?

La corrélation de l’or avec les actions et les obligations est généralement faible, voire négative dans certaines configurations de marché, ce qui en fait un outil de diversification efficace. Intégrer une part d’or dans un portefeuille permet souvent de réduire la volatilité globale, sans nécessairement sacrifier le rendement à long terme. Cet effet diversifiant fonctionne d’autant mieux que la part allouée à l’or reste mesurée, de l’ordre de 5 à 10 % du patrimoine financier selon de nombreux professionnels. Une surpondération excessive exposerait au contraire le portefeuille aux propres fluctuations du métal, qui peut lui aussi traverser des phases de baisse prolongées. Cette faible corrélation ne se vérifie cependant pas de manière uniforme dans le temps. Lors de certaines phases de crise systémique où la liquidité devient rare, plusieurs classes d’actifs, dont l’or, peuvent temporairement chuter de concert, les investisseurs cherchant à vendre tout ce qui peut l’être pour faire face à des besoins de trésorerie immédiats.

Quels sont les coûts à anticiper ?

Investir dans l’or physique implique des frais de stockage, d’assurance et parfois de transport, qui viennent réduire le rendement net de l’investissement. La fiscalité applicable à la revente, taxe forfaitaire ou régime des plus-values selon les cas, doit également être prise en compte dans l’évaluation globale de la rentabilité. Pour l’or papier, les frais de gestion annuels des ETF ou les frais de courtage constituent d’autres éléments à surveiller, dans la mesure où ils viennent, eux aussi, grever la performance sur la durée, même s’ils restent généralement plus modérés que les coûts liés à la détention physique. Ces coûts, pris isolément, paraissent souvent modestes, mais leur effet cumulé sur plusieurs années ou décennies peut réduire sensiblement le rendement net réellement perçu par l’investisseur. Intégrer ces frais dès l’évaluation initiale d’un projet d’investissement dans l’or permet d’éviter les déconvenues et de comparer plus honnêtement sa rentabilité à celle d’autres classes d’actifs.

À qui l’or convient-il le mieux ?

L’or convient particulièrement aux investisseurs qui recherchent avant tout une préservation du capital sur le long terme et une protection contre les épisodes de forte incertitude économique ou géopolitique, plutôt qu’une recherche de rendement élevé à court terme. Pour un investisseur privilégiant la croissance de son capital sur un horizon long, d’autres classes d’actifs, comme les actions, ont historiquement délivré des rendements moyens supérieurs, au prix d’une volatilité plus marquée. L’or trouve alors sa place comme complément de diversification et de stabilisation, plutôt que comme pilier unique d’une stratégie patrimoniale.

Ce tour d’horizon invite chacun à s’interroger, avant tout achat, sur la fonction précise qu’il souhaite attribuer à l’or. En définitive, l’or n’est ni un mauvais ni un bon placement dans l’absolu : sa pertinence dépend étroitement du rôle qu’on lui attribue au sein d’un patrimoine, de l’horizon retenu et de la tolérance au risque de chacun. Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé. Avant toute décision, il est recommandé de se rapprocher d’un conseiller en gestion de patrimoine.

cecile