Un général cinq étoiles est la figure la plus haute du commandement militaire. Ce grade, rarement attribué même en temps de guerre, place son détenteur au sommet d’une hiérarchie de plusieurs centaines de milliers de soldats. Mais combien gagne réellement un officier général au plus haut rang ? La réponse varie considérablement selon les pays, les systèmes de rémunération et les avantages associés au poste.
Le grade de général cinq étoiles : une distinction rarissime
Tous les généraux ne se valent pas. Dans la plupart des armées, le système de grades étoilés s’étage de une à cinq étoiles, chaque échelon correspondant à un niveau de responsabilité et de commandement bien précis. Le grade cinq étoiles représente l’échelon suprême, réservé à des circonstances remarquables, souvent liées à des conflits majeurs ou à des crises d’envergure nationale.
Aux États-Unis, ce grade porte le titre officiel de General of the Army pour l’armée de terre, ou Fleet Admiral pour la marine. Seuls quelques officiers l’ont jamais obtenu dans l’histoire américaine : Dwight D. Eisenhower, Omar Bradley, Douglas MacArthur et George C. Marshall figurent parmi les plus célèbres. Depuis la Seconde Guerre mondiale, aucun militaire américain n’a reçu cette distinction. Le grade existe encore sur le papier, mais il n’est plus attribué en temps de paix.
En France, l’équivalent se situe davantage dans la fonction que dans le titre formel. Le chef d’état-major des armées (CEMA), désigné par décret du président de la République, incarne cette autorité suprême. Il ne porte pas officiellement cinq étoiles, mais son rang dépasse celui des généraux quatre étoiles classiques. La logique est similaire : il s’agit d’un poste unique, à responsabilité maximale.
Salaire d’un général 5 étoiles aux États-Unis
Parlons chiffres. Aux États-Unis, la rémunération des militaires suit une grille fédérale appelée military pay scale, publiée chaque année par le Department of Defense. Un officier au grade O-10 (quatre étoiles) perçoit environ 16 974 dollars bruts par mois en 2026, soit un peu plus de 203 000 dollars annuels. Ce montant est plafonné par la loi fédérale, indépendamment de l’ancienneté.
Le grade cinq étoiles, s’il était activé, dépasserait ce plafond. Historiquement, les généraux cinq étoiles américains percevaient une solde légèrement supérieure, sans véritable limite statutaire. Omar Bradley, dernier général cinq étoiles vivant avant son décès en 1981, recevait encore une solde active à vie, versée par l’armée américaine. C’est l’un des privilèges extraordinaires attachés à ce rang : la mise à la retraite forcée ne s’applique pas, le général cinq étoiles restant officiellement en service actif jusqu’à sa mort.
À ce salaire de base s’ajoutent de diverses primes et indemnités : logement militaire ou indemnité de logement, indemnité alimentaire, prime d’expatriation, couverture médicale intégrale. En calculant l’ensemble de ces avantages, la rémunération globale dépasse largement les 250 000 dollars annuels.
La rémunération d’un général français au sommet de la hiérarchie
Le système de rémunération militaire en France fonctionne différemment. Les officiers généraux français sont rémunérés selon la grille indiciaire de la fonction publique, complétée par des primes spécifiques au statut militaire. Le chef d’état-major des armées, actuellement le général Thierry Burkhard (nommé en 2021), perçoit une solde qui reste inférieure à celle de ses homologues américains ou britanniques.
D’après les données disponibles issues du Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées, un général de corps d’armée (trois étoiles) gagne entre 7 000 et 8 500 euros bruts mensuels, toutes primes comprises. Le CEMA et les généraux d’armée quatre étoiles se situent légèrement au-dessus de cette fourchette, autour de 9 000 à 10 500 euros bruts par mois selon l’ancienneté et les indemnités de commandement.
Ces montants peuvent surprendre. Comparés aux responsabilités engagées (coordination de 200 000 militaires pour les armées françaises), ces salaires semblent modestes face aux standards du privé. Un PDG d’une grande entreprise du CAC 40 gagne en moyenne dix fois plus. Mais la logique militaire n’est pas celle du marché : la vocation, le statut et les avantages en nature compensent une partie de cet écart.
Les avantages en nature et les bénéfices non salariaux
La solde brute ne raconte qu’une partie de l’histoire. Pour un officier général au sommet de la hiérarchie, les avantages en nature représentent une composante substantielle de la rémunération globale. Logement de fonction, véhicule de service avec chauffeur, aide-de-camp, accès aux cercles militaires et aux infrastructures de loisirs des armées : autant d’éléments qui n’apparaissent sur aucune fiche de paie.
Aux États-Unis, le Joint Chiefs of Staff dispose de résidences officielles entretenues par l’armée, de jets gouvernementaux et d’un personnel de soutien nombreux. Le coût réel de ces avantages, estimé par le Government Accountability Office en 2019 à plusieurs centaines de milliers de dollars annuels pour les plus hauts grades, dépasse souvent le salaire de base lui-même. La rémunération réelle d’un général cinq étoiles dépasse donc largement ce que les chiffres officiels indiquent.
En France, les officiers généraux bénéficient d’un régime de retraite avantageux. Après 27 ans de service minimum, la pension atteint un niveau proportionnel aux dernières années d’activité, avec des bonifications liées aux opérations extérieures (OPEX). Un général ayant effectué plusieurs missions sur des théâtres extérieurs peut bonifier plusieurs années supplémentaires pour le calcul de sa retraite.
Comparaison internationale : qui paie le mieux ses généraux ?
La question de la rémunération des hauts gradés varie fortement selon les pays. Au Royaume-Uni, un Field Marshal (équivalent cinq étoiles) perçoit environ 265 000 livres sterling brutes annuelles, ce qui en fait l’un des militaires les mieux rémunérés d’Europe occidentale. En Allemagne, le Generalinspekteur der Bundeswehr gagne autour de 13 000 euros bruts mensuels.
Du côté asiatique, les contrastes sont saisissants. Un général cinq étoiles de l’Armée populaire de libération en Chine perçoit une solde officielle beaucoup plus basse qu’en Occident, autour de 30 000 à 40 000 yuans par mois (soit environ 4 000 à 5 500 euros). Mais les avantages en nature et les bénéfices liés au système d’État rendent toute comparaison directe difficile.
Pour relativiser ces montants, pensez à d’autres professions à très haute responsabilité : combien gagne Didier Deschamps par mois illustre bien comment des figures publiques à la tête d’organisations importantes peuvent atteindre des rémunérations sans commune mesure avec celles du secteur public, y compris militaire.
Les facteurs qui influencent la solde d’un officier général
Plusieurs critères déterminent précisément ce que perçoit un général, quel que soit son pays. L’ancienneté reste le premier facteur : dans les grilles militaires, chaque année de service augmente l’indice de rémunération. Un général nommé à 55 ans avec 30 ans de carrière ne touchera pas la même chose qu’un officier promu à 48 ans.
Le type de poste occupe également une place déterminante. Un commandement opérationnel actif (chef d’état-major, commandant d’un théâtre d’opérations) génère des primes de commandement spécifiques. Un poste de représentation ou de liaison interalliée (auprès de l’OTAN par exemple) ouvre droit à des indemnités diplomatiques ou d’expatriation quelquefois significatives.
La situation familiale influence aussi le montant total perçu. En France comme aux États-Unis, des suppléments familiaux s’ajoutent à la solde de base. Un officier général avec plusieurs enfants à charge percevra une rémunération totale supérieure à celle d’un collègue de même grade célibataire. Ce n’est pas propre à l’armée, mais l’effet est amplifié par l’accumulation des indemnités.
Après le service actif : retraite et reconversions des hauts gradés
La carrière d’un général ne s’arrête pas brutalement à la retraite. Beaucoup d’anciens officiers généraux rejoignent les conseils d’administration d’entreprises de défense, de cabinets de conseil en sécurité ou d’organisations internationales. Ce phénomène, très documenté aux États-Unis sous le terme de revolving door, soulève des questions éthiques sur les conflits d’intérêts entre carrière militaire et intérêts privés.
James Mattis, ancien secrétaire à la Défense américain et général quatre étoiles, a siégé au conseil d’administration de General Dynamics avant d’entrer en fonctions, puis a rejoint d’autres fonctions de conseil après son départ du gouvernement. Ce parcours illustre bien comment la valeur marchande d’un général retraité dépasse largement sa pension militaire, souvent comprise entre 70 et 100 % de sa dernière solde active.
En France, le Haut Comité d’évaluation de la condition militaire publie chaque année un rapport sur la situation des personnels militaires, retraite comprise. D’après son rapport 2024, un général d’armée perçoit une pension de retraite oscillant entre 6 500 et 8 000 euros bruts mensuels, ce qui reste parmi les plus élevées de la fonction publique française, tout en restant bien en dessous des équivalents du secteur privé.
Franchement, si vous attendez de l’armée une rémunération comparable aux grandes entreprises privées, vous serez déçu, même au plus haut échelon. Ce qui motive un général cinq étoiles n’est pas le chèque mensuel. C’est la responsabilité, le commandement, et parfois l’histoire. La solde, elle, suit.
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