Quand on évoque les figures emblématiques de la voile française, Olivier de Kersauson s’impose naturellement. Né à Bonnétable le 20 juillet 1944, ce navigateur au parcours atypique a su transformer ses exploits maritimes en véritable empire entrepreneurial. Sa fortune estimée à 185 millions d’euros intrigue autant qu’elle intrigue. Comment un simple marin devenu skipper a-t-il pu accumuler une telle richesse ? Entre ses aventures océaniques, ses placements judicieux et son succès médiatique inattendu, je vous propose de découvrir les trois facettes qui composent le patrimoine de cet ancien second d’Eric Tabarly devenu entrepreneur prospère.
Les origines de la fortune du navigateur-entrepreneur
L’évaluation de la fortune d’Olivier de Kersauson repose sur des calculs complexes. Le magazine People With Money estime son patrimoine global à 185 millions d’euros. Cette somme impressionnante provient d’une diversification intelligente de ses activités professionnelles et financières.
Ses revenus directs liés à la navigation constituent la première source. Ses exploits maritimes, ses records et sa carrière d’écrivain ont généré des gains substantiels au fil des décennies. Mais le véritable génie financier du marin réside ailleurs.
La chaîne de restaurants « Chez l’gros Olivier » installée à Paris représente un investissement particulièrement rentable. Cette diversification vers la restauration témoigne de son flair entrepreneurial. Parallèlement, sa participation dans un club de football à Bonnétable, sa ville natale de la Sarthe, prouve son attachement à ses racines.
Ses placements boursiers judicieux ont considérablement contribué à l’accumulation de richesses. Le navigateur a su anticiper les tendances et diversifier son portefeuille d’investissements. Son patrimoine immobilier conséquent complète ce tableau financier particulièrement solide.
Les activités commerciales d’Olivier de Kersauson s’étendent également aux cosmétiques et à la mode. Voici ses principaux engagements entrepreneuriaux :
- Un contrat publicitaire lucratif avec la marque de cosmétiques CoverGirl
- La ligne de vêtements « De Kersauson Séduction » destinée au marché adolescent
- Le parfum « L’eau d’Olivier » qui connaît un succès commercial notable
- Des royalties issues de ses publications et apparitions médiatiques
Ces diversifications commerciales astucieuses transforment le simple coureur océanique en véritable homme d’affaires. Sa capacité à capitaliser sur sa notoriété maritime atteste une vision stratégique rarement observée chez les sportifs.
Du second d’Eric Tabarly aux exploits en solitaire
L’histoire maritime d’Olivier de Kersauson débute dans un milieu conservateur de Bonnétable. Issu d’un environnement traditionnel, il rompt rapidement avec les valeurs familiales. Cette révolte se manifeste par des renvois successifs de plusieurs lycées religieux.
Malgré ce parcours chaotique, il décroche son baccalauréat et poursuit des études supérieures. Mais c’est la rencontre avec Eric Tabarly pendant son service militaire qui change tout. Cette rencontre décisive oriente définitivement sa trajectoire vers les océans.
Pendant dix ans, il devient le second fidèle d’Eric Tabarly. Cette période formatrice lui permet d’acquérir une expérience maritime incomparable. En 1973, il participe à la première course autour du monde, la Whitbread, à bord du mythique Pen Duick VI.
L’année 1975 marque un tournant. Pour la Financial Times Clipper Race vers Sydney, il espère louer Pen Duick VI. Mais Tabarly participe au Triangle Atlantique en mars et rend le bateau indisponible. Olivier se rabat alors sur le Burton Cutter, rapidement transformé et rebaptisé Kriter II.
La préparation de cette course s’effectue dans l’urgence. Voici les défis auxquels l’équipage fait face :
- Composer un équipage majoritairement âgé de 20 à 30 ans en quelques semaines
- Transformer et préparer le bateau dans des délais très courts
- Arriver à Londres le 24 août pour un départ le 31 vers Sydney
- Battre le record centenaire du clipper britannique Patriarch établi en 136 jours
- Affronter trois concurrents redoutables dont Great Britain II
En 1975, Olivier de Kersauson décide de devenir skipper indépendant. Sa détermination le pousse à se lancer dans un tour du monde en solitaire en 1988. Cette aventure confirme son courage et sa maîtrise technique.
La consécration arrive en 1997 avec le trophée Jules Verne bouclé en 71 jours. Cet exploit maritime reste gravé dans l’histoire de la navigation française. Le navigateur prouve alors qu’il peut rivaliser avec les plus grands coureurs océaniques.
Une notoriété construite au-delà des océans
La carrière d’écrivain d’Olivier de Kersauson complète son image de marin. Son livre Fortune de mer, co-écrit avec Jean Noli, relate l’épopée de la course 1975-1976. Cette publication de 278 pages chez Presses de la Cité connaît un franc succès.
Ses autres ouvrages comme Le Monde comme il me parle et Promenades en bord de mer et étonnements heureux révèlent sa sensibilité littéraire. Ces écrits touchent un public bien plus large que les seuls passionnés de navigation.
Sa participation aux « Grosses têtes » constitue le véritable tremplin médiatique. Jacques Martin, rencontré à Bora-Bora, le présente à Philippe Bouvard. Ce dernier lui attribue le surnom « L’Amiral », appellation qu’il déteste profondément.
Pourtant, il confesse avoir fait cette émission « comme il conduirait un camion-poubelle ». Cette déclaration provocante révèle son rapport ambivalent à la célébrité. Il affirme n’avoir jamais pris de plaisir à participer, considérant cela comme un simple travail rémunéré.
Sa popularité explose grâce à cette émission animée successivement par Philippe Bouvard puis Laurent Ruquier. Le grand public découvre un personnage haut en couleur, loin de l’image classique du navigateur. Une fâcherie l’éloignera finalement des sociétaires.
Voici les traits de personnalité qui forgent son image publique :
- Un tempérament réservé malgré ses apparitions médiatiques fréquentes
- Une affirmation surprenante : il n’a jamais adressé la parole en premier
- Un franc-parler qui dérange autant qu’il séduit
Son autoritarisme sur les bateaux contraste avec sa réserve sociale. Il pratique ce qu’il nomme « une dictature éclairée » à bord. Cette méthode de commandement stricte garantit la sécurité de l’équipage lors des traversées périlleuses.
Sa passion pour les nouvelles technologies appliquées à la voile montre sa modernité. Contrairement aux puristes, il embrasse l’innovation technique. Cette ouverture contribue à forger son image de navigateur avant-gardiste.
Le 26 juillet prochain, à la salle de La Vigie, Orlabay et la SNT organisent un événement commémoratif. L’intégralité de l’équipage célébrera les 50 ans de la course 1975-1976. Olivier de Kersauson fera le voyage depuis Tahiti pour revivre cette épopée maritime fondatrice de sa légende.

